[Rapport Gruny : Chapitre I] Au secours de France Num, la sénatrice pose les bases de la survie des PME face au Digital

You Don't Need Us > Transformation Digitale  > [Rapport Gruny : Chapitre I] Au secours de France Num, la sénatrice pose les bases de la survie des PME face au Digital
Photo

[Rapport Gruny : Chapitre I] Au secours de France Num, la sénatrice pose les bases de la survie des PME face au Digital

Depuis l’éclosion du Digital et son profond impact sur l’entrepreneuriat, les PME françaises accusent d’une faible maturité numérique notable par rapport aux grandes sociétés et aux startups du pays. Mounir Mahjoubi (alors secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances et du ministre de l’Action et des Comptes publics, chargé du numérique) a saisi l’urgence de la situation au début de l’année en inaugurant France Num, une initiative d’aide au développement des TPE-PME prometteuse, mais aux résultats décevants… Heureusement, le mois de juillet est arrivé avec un peu de renfort (et de réconfort) : la sénatrice Pascale Gruny (LR) a fait paraître un rapport d’information sur l’accompagnement de la transition numérique des PME, préconisant quelques solutions pouvant remédier au retard et à « l’illectronisme » qu’elles subissent. 

Ce rapport, Yanniss (président et fondateur de You Don’t Need Us) en a lu l’intégralité afin de comprendre comment la France compte faciliter la transformation digitale des TPE-PME et notamment leur accès au conseil. Aujourd’hui, il en balaye et décortique les quatre chapitres, rien que pour vous. Tous les héros ne portent pas de cape…

CHAPITRE I : LA NUMERISATION, UN ENJEU VITAL POUR TOUTES LES ENTREPRISES

Economie numérique, transformations du marché et de l’entrepreneuriat, nouvelles relations-client, enjeux data et révolution de la chaîne logistique.

Ce que l’on retient tout d’abord, c’est que la transformation numérique, véritable enjeu pour toutes les entreprises, prend place comme quatrième révolution industrielle. Elle est définie ainsi, à juste titre, grâce à son ampleur et son puissant impact sur l’ensemble des acteurs économiques de la société (et non pas seulement les secteurs de la Tech, contrairement à ce que l’on pourrait croire).

C’est d’ailleurs depuis la décision prise en 1993 par le Vice-Président des Etats-Unis Al Gore de démilitariser Internet que l’on assiste à cette nouvelle révolution industrielle, très différente des trois précédentes par la vitesse sans précédent à laquelle elle s’est déployée : « Le téléphone (lancé en 1878) a mis 75 ans avant d’atteindre 100 millions d’utilisateurs, le téléphone mobile (1979) 16 ans, Internet (1990) 7 ans, Facebook (2004) 4 ans et l’application ‘Candy Crush Saga’(2012) 3 mois », lit-on dans le rapport. Une évolution hors du commun.

L’économie se met en règle

Le communiqué du sénat compare ainsi la transformation digitale à une innovation de rupture inévitable, inéluctable et irréversible, qui change l’organisation, la conception des produits et des services en profondeur. Cet écosystème numérique nous a notamment apporté quatre grands items ou changements : l’Internet des objets (produits physiques pouvant communiquer un certain nombre d’informations et peut, a ou va transformer le secteur économique), le Big Data (analytique des données en masse), l’intelligence artificielle (simulation des fonctions cognitives humaines) et la Blockchain (technologie dont le but est de désintermédier et faciliter les transactions de pair à pair).

Ces changements ont de fait un impact considérable sur l’économie existante. On peut même affirmer qu’il en découle de nouvelles règles économiques, qui s’appuient désormais sur l’intelligence collective et non plus sur une organisation pyramidale.

Le premier changement économique fondamental concerne la substitution de la propriété d’un objet pour un droit d’usage : « Uber ne possède aucun véhicule et AirBnb, aucun logement. On n’achète plus un DVD, on s’abonne à une plateforme. On n’écoute plus un CD, on l’écoute en streaming ».

À cela s’ajoute une deuxième évolution couvant trois concepts transformateurs pour notre économie : l’automatisation, la dématérialisation et la désintermédiation :

  • L’automatisation, dont les effets facilitent essentiellement la productivité du travail (ou la phase amont de la conception des produits et services), est rendue possible grâce aux technologies digitales. Elle existe depuis le début de l’informatique mais a pris davantage de vitesse avec l’apparition de l’IA, du Big Data…
  • La dématérialisation concerne l’augmentation des réseaux de distributions (ou la phase aval de la conception des produits et services).
  • La désintermédiation concerne quant à elle les effets de réorganisation des chaînes de valeur. Elle diminue les tickets d’entrées entre deux acteurs.

La data joue gros

Corrélativement à notre économie, le Digital impacte évidemment nos entreprises. Avant de rentrer dans les détails de cette incidence, le rapport commence par expliquer ce que le numérique n’est pas pour une entreprise. Par exemple, avoir un site e-commerce ou une page sur Facebook ne veut pas dire qu’on a complété sa transformation numérique. Celle-ci ne concerne pas seulement la mise en place d’outils technologiques puisque c’est un changement stratégique se faisant en profondeur et imposant notamment aux entreprises de se concentrer en partie sur la data qui, nettement plus accessible aujourd’hui, se trouve à la base de leur transition digitale. « Alors qu’en 1956, le mégaoctet coûtait 10 000 dollars de l’époque, soit 93 000 dollars de 2019, (via le Ramac 305, premier ordinateur contenant un disque dur, lequel vaudrait 467 000 dollars de 20194), le gigaoctet (1 024 fois le mégaoctet) est passé en 2010 sous la barre des 10 centimes et atteignait 0,05 centime d’euro en 2015 (via un disque dur ou HDD) », est-il est expliqué dans le rapport.

Très profitables pour les entreprises, les données apportent elles aussi leur lot de contraintes, notamment en termes de respect de la vie privée des utilisateurs (hello, RGPD) mais aussi en matière de visibilité. La valeur d’une entreprise aujourd’hui ne se mesure plus par le produit ou service qu’elle propose mais plutôt par sa présence sur les réseaux sociaux et la qualité de la plateforme, du logiciel ou encore de l’application mobile qu’elle met à disposition de ses clients. Étonnamment, le rapport Gruny insiste sur le potentiel du « messaging ». Avant lecture du communiqué, il me paraissait encore trop tôt pour en connaître la véritable valeur pour les entreprises, en tout cas au niveau BtoC : les messageries sont principalement utilisées dans la sphère privée et nous ne sommes pas encore très sensibles aux chatbots, ces robots conversationnels de recueillir des informations ou même de réserver des événements. Il y a même toute une problématique de confiance derrière cette technologie. Si mon interaction avec une entreprise via messagerie ne se passe pas bien, je sais que le processus sera alors d’autant plus compliqué.

Toutefois, le raisonnement exposé par le sénat a tout son sens. Il est en effet expliqué qu’en 2017 déjà, 55% des internautes utilisaient quotidiennement une messagerie comme Messenger ou WhatsApp (où s’échangent actuellement plus 60 milliards de messages chaque jour). Il ne serait donc pas bête de considérer que d’ici 5 ans jusqu’à 80% de nos usages se transposerons sur messagerie, prédit le rapport : « aujourd’hui déjà, parmi les 5 applications les plus téléchargées, 4 sont des applications de messagerie instantanée. Les applications de messagerie sont ainsi sur le point de devancer tous les autres canaux de communication », est-il mentionné.

Le client prend le trône

Si la révolution numérique donne de grandes opportunités d’évolution aux entreprises, elle donne aussi beaucoup de pouvoir aux consommateurs… La technologie a indéniablement contribué au changement de comportement des acheteurs, devenus plus zappeurs, moins captifs, davantage en attente de produits sur-mesure. Le mobile et internet ont rendu l’accès à la concurrence bien plus facile, forçant les entreprises à redoubler de créativité pour se démarquer. Le rapport aborde ainsi la technologie de réalité virtuelle comme techno phare pouvant changer les modes de consommations. Pour visiter un appartement en voie de construction ou alors sur des tests de procédés industriels en BtoB, pourquoi pas ? Mais je reste un peu perplexe face à l’importance que prend ce point dans le rapport. Je vois plutôt l’évolution des comportements-consommateurs comme une occasion d’utiliser le Digital de manière plus diluée pour optimiser nos processus en profondeur et de manière durable.

Parallèlement, je suis content de voir mentionné l’impact du Numérique sur toute la chaîne logistique, qui avec la démultiplication des objets connectés (jusqu’à 80 milliards d’ici l’année prochaine) tels que les capteurs sans fils et puces RFID promet d’optimiser la chaîne en garantissant une traçabilité idéale et en accélérant les interactions BtoB et BtoC.

Le Digital ne discrimine pas

Avant de clore ce premier chapitre, le rapport Gruny rappelle une dernière fois que la transformation digitale de notre monde n’est pas seulement une problématique de grandes entreprises mais concerne aussi tout autant les TPE-PME. Il alerte d’ailleurs sur le fait que les consommateurs particuliers sont largement plus numérisés que les petites entreprises : deux tiers des Français achètent en ligne mais seuls 15% des PME vendent en ligne. Un constat accusant visiblement du retard et de l’illectronisme des PME du pays. Rappelons d’ailleurs que la France, 6e puissance économique mondiale et « startup nation », se trouve seulement au 15e rang du classement DESI (qui suit les progrès réalisés par les États membres concernant leur mutation numérique). Et il est malheureux d’observer que l’écart continue de se creuser entre les startups innovantes louées par le pays et les entreprises aux modèles traditionnels.

La transition numérique n’est pas qu’une transformation technologique. C’est avant tout une transformation en profondeur des organisations et processus de conception des produits et des services, qui fait appel à des concepts plus collaboratifs davantage en réseaux et en usages. Chez YDNU, nous ne pouvons qu’être en phase avec le constat du sénat. C’est d’ailleurs pour cela que, depuis quelques années, nous nous spécialisons dans les solutions permettant d’aborder l’ensemble de ces problématiques auprès des TPE et PME, qui ont encore aujourd’hui du mal à s’engager dans la transformation numérique…

 

À lire aussi : 

Photo d’illustration : © JESHOOTS.com